Cueillette au pied des voies: Ail des Ours

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Si vos marches d’approche de falaises printanières vous donnent la chance de passer à coté de beaux tapis d’ail des ours, arrêtez-vous et prenez le temps d’y cueillir quelques feuilles! L’herboriste Marie-Antoinette Mulot nous dirait que l’ail « est le plus merveilleux aliment-remède que nous connaissons et ce, depuis longtemps ». Tous les peuples ont pu expérimenter et constater ses vertus alimentaires, condimentaires et médicinales. D’ailleurs, il fait aussi partie de la célèbre synergie du Vinaigre des 4 Voleurs utilisée pendant les épidémies de peste et Pasteur fut le premier à démontrer ses propriétés anti-infectieuses. L’ail des ours est un cousin sauvage de l’ail cultivé. Il pousse en tapis denses en sous-bois clairs et humides. Apprenez à le reconnaitre et re-découvrez, vous-aussi, les bienfaits, des anecdotes et certaines de ses utilisations dans cette fiche!

GC - ail des ours cueillette 1

 ღ Un peu de botanique

GC - Ail des ours herbier - source inconnueNom(s) commun(s): Ail sauvage, Ail des ours, Ail à larges feuilles, Ail des bois, Ail pétiolé
Nom latin: Allium ursinum
Famille: Amaryllidacées (anciennement Liliacées)
Partie récoltée: Parties aériennes: avril-mai, si possible avant la floraison. On prendra soin de ne prélever qu’une feuille sur les 2 afin que le bulbe puisse se régénérer. 🙂
Lieux: Sous-bois humides, assez clairs, en lisières. Forme des tapis denses une fois bien installé.
Brève description: L’ail des ours est une herbacée vivace à bulbe et d’environ 20 à 40cm de haut. Chaque bulbe donne naissance à 2 feuilles lancéolées, entières et larges, relativement tendres, à nervures parallèles et longuement pétiolées et séparées (contrairement au muguet), elles dégagent une odeur d’ail lorsqu’elles sont froissées. La section des pétioles est semi-cylindrique. Les fleurs, en ombelles blanches et étoilées à 6 pétales, apparaissent après les feuilles d’avril à juin.

♧ L’ail des ours est une plante bio-indicatrice des sols: Il indique un sol riche matière organique, en éléments nutritifs et frais. On le retrouve bien souvent en sous bois clairs (hêtraies, chênaies) et proche d’une source.

GC - ail des ours - pixabay
Les jolis bouquets blancs éclatants de l’ail des ours – Photo by Pixabay – KRiemer

ღ Principales propriétés médicinales

Il aurait les mêmes propriétés que « l’ail de cuisine cultivé » et serait un peu mieux supporté par les personnes aux estomacs fragiles. Il a également été beaucoup moins étudié que son cousin des jardins, qui lui, est reconnu par la Commission E, l’ESCOP et l’Organisation mondiale de la Santé comme un traitement adjuvant en cas d’hyperlipidémie et d’athérosclérose.

ツVermifuge et antiseptique notamment respiratoire et digestif
ツImmunostiumulant et fortifiant
ツAntifongique notamment sur Candida albicans
ツAntispasmodique
ツExcellent dépuratif et diurétique
ツActions sur la circulation: hypotensif,
prévient l’artériosclérose, anti-aggrégant plaquettaire, antioxydant.
ツCholagogue et action positive préventive sur le métabolisme des lipides (cholesterol) mais également ceux « bloqués » par les métaux lourds présents dans notre organisme
ツChélateur de métaux lourds en synergie avec d’autres plantes. D’après le docteur en chirurgie dentaire Bernard Montain:  « L’ail des ours constitue un excellent chélateur de métaux lourds, en partie grâce à sa teneur en sélénium. Il se lie fortement au métal et l’empêche d’agir ». Allez plus loin avec cet article de Dentisfuturis: « Dépose d’amalgame dentaire: la prescription de détoxication« .

 

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Emmy, 6ans, qui découvre l’ail des loups…euh des ours!

Quelques constituants actifs pour les fins connaisseurs: Les parties fraîches de l’ail des ours contiennent entre autres: de la vitamine B et C, de nombreux minéraux dont du sélénium, des composés soufrés, de l’alliine transformée lors de la préparation en alliicine puis en disulfure d’allyle.

ToxicitéConfusions possibles et souvent toxiques: Avec le muguet, la colchique d’automne, l’arum ou encore l’ornithogale. Ces dernières peuvent pousser dans le même habitat que l’ail des ours. Il faudra donc bien prendre soin de ne pas le cueillir par brassées mais bien feuille par feuille. Retrouvez également plus d’infos sur l’article du site du centre antipoisons: « attention lors de la cueillette de l’ail des ours ». Allez également jeter un œil sur cet article qui vous relate les différences entre les plantes et qui vous parle de la maladie de l’echinococcose: « cueillir l’ail des ours, les précautions à prendre« .

GC - Ail des ours confusion - ramsdale
De G à D: Ail des ours, Muguet, Colchique, Arum – Image issue du site Ramsdale.org

ღ Quelques usages et utilisations…. et pas que pour les grimpeurs !

ツ compléments alimentaires: gélules, poudres….

Essentiellement pour le domaine cardiovasculaire ou en tant que vermifuge (en suppositoires). Référez-vous aux posologies des fabricants et prenez-le toujours en complément avec l’accord de votre médecin.

GC - ail des ours cueillette
Respectez une charte de bonne cueillette! Ne cueillez pas l’ail des ours par brassées et essayez de laisser la 2e feuille pour la régénération du bulbe!
ツalcoolature de feuilles quasi-fraîches

Comme nous ne retrouvons plus d’alcool à 90° en France et que l’ail des ours est riche en eau, nous appliquons la méthode de notre ami herbaliste Christophe Bernard: la teinture de feuilles « quasi-fraîches », il explique tout dans cet article: CLIC! 😉

Nous réalisons des alcoolatures de 1:2, soit 100g de plantes pour 200ml de rhum blanc compris entre 50 et 52°. Toutes les feuilles doivent bien être recouvertes d’alcool sous peine de les voir s’oxyder. La macération se fait à l’abri de la lumière et pendant 2 semaines environ, en remuant de temps en temps la préparation. Il est alors temps de filtrer puis de mettre en flacon! Il est régulièrement préconisé de 30 à 45 gouttes par jour dans un verre d’eau.

Pour les propriétés chélatrices de l’ail des ours, nous pouvons lire dans l’article sur la détoxification des métaux lourds de Christophe que « Le docteur Klinghardt recommande 5 à 10 gouttes de teinture mère sur la nourriture au moins 3 fois par jour. » Ces recommandations sont dans le même ordre d’idées que la posologie donnée juste avant d’une manière plus générale. (Retrouvez également notre article spécial « détox de printemps« ! 😉 )

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Préparation de l’alcoolature: macération au 1/2 de feuilles semi-fraîches
ツ Infusions, décoctions

Certains herboristes la préconisent pour les cures dépuratives de printemps en buvant 2 ou 3 tasses par jour. En tant que médicinale, chez Gratteron et Chaussons, nous lui préférons la forme galénique d’alcoolature citée ci-dessus et nous n’étayerons pas la forme de l’infusion. Pour les cures détox de printemps, vous pouvez vous référer à notre article: « Conseils d’herboriste pour relancer la machine qui sommeille en vous« .

ail des ours© Ivan Olivier Photographie (1)
Séchage sur claies ou au déshydrateur si l’air ambiant est trop humide…
ツ usages culinaires

Avant toutes choses, ne faites pas cuire l’ail des ours! Il serait dommage de perdre ses vertus médicinales et son parfum! De plus, passez chaque feuille récoltée sous l’eau afin de diminuer les risques de contamination à l’echinococcose dans les zones dites à risques. Plus d’infos sur l’article suivant: « Echinococcose: danger et prévention ». La cuisson enlève tout risque mais supprime également les propriétés médicinales…

Vous pouvez le sécher sur claies ou au déshydrateur si votre air ambiant est trop humide, puis le réduire en poudre et parsemer vos salades ou en rajouter dans votre gomasio fait-maison! Il est régulièrement vendu sous cette forme en magasin bio.

A savoir: l’ail des ours est souvent plus digeste que son cousin cultivé: Allium sativum

Comme beaucoup de cueilleurs et d’amateurs d’ail des ours, nous le préférons sous sa forme crue et bien souvent transformée en pesto! Chez Gratteron et Chaussons, nous réalisons tous nos pestos verts « à l’œil », ici: ail des ours, huile de colza, graines de tournesol et levure maltée. A déguster sur des toasts ou en condiment au cours d’un repas. Vous pouvez également le congeler. Bonnes dégustations! 😉

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C’est sans doute en pesto ou ciselé frais sur vos repas que l’ail des ours est encore le meilleur!
ツ usages vétérinaires – Toxicité chez le chien et le chat

L’ail ingéré par nos animaux à 4 pattes ne leur fait pas du bien. Bon, en règle générale, ils n’iront pas y toucher eux-mêmes! Nous avons fait la cueillette avec Nouma, la chienne de notre ami Robin, et celle-ci était bien indifférente à notre cueillette! Nous avons aussi 2 chats, Sierra et Gaïac, qui ne goutent pas non plus aux feuilles qui sèchent dans notre maison!

Si pour l’homme, l’ail est une plante médicinale, il est un poison pour les chats et les chiens. Les symptômes de l’intoxication sont des diarrhées, des vomissements, un pouls faible et une anémie. Il peut provoquer « une anémie hémolytique (en oxydant les globules rouges et en provoquant l’apparition des corps de heinz, l’ail peut être responsable de  la destruction ou de  l’inefficacité des globules rouges), des lésions au niveau de la muqueuse digestive. […] Toutefois, à faibles doses, il semblerait que son usage n’ait pas de conséquence sur l’organisme du chien ou du chat, les globules rouges éventuellement détruites sont régénérées immédiatement par la moelle osseuse. Chez le chien, une étude a déterminé que celui-ci devrait  manger plus de 0,5 % de son poids corporel en ail  pour avoir des symptômes d’intoxication. » (source ICI)

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Il a le look pour la cueillette de l’ail des ours notre ami Robin! Non?

Et vous, vous cueillez l’ail des ours?! N’hésitez pas à commenter, à partager vos astuces et votre expérience sous l’article ou sur notre page Facebook!

attention– Toxicité –
Ne confondez pas l’ail des ours avec le muguet qui pousse en même temps que lui et souvent aux même endroits, avec la colchique ou encore l’arum!

– Contre-indications
Comme il est souvent mangé cru, les femmes enceintes et allaitantes éviteront de le consommer, notamment pour les risques d’échinococcose et pour l’altération du lait maternel. A forte dose, la consommation d’ail des ours peut accentuer une hypothyroïdie, une hypoglycémie, une hypotension et entraîner des irritations gastriques et il peut interférer avec des traitements anticoagulants. On évitera également de le donner aux enfants de moins de 3ans, en cas d’ulcère gastroduodénal ou encore d’asthme.

– Bonnes pratiques
(Re) Lire la FAQ sur les plantes médicinales.

– Rappels importants –
Les informations décrites plus haut sont mises à votre disposition à titre indicatif et informatif selon les propriétés de la plante traditionnellement reconnues. Elles sont la synthèse de lectures de différents ouvrages scientifiques ou traditionnels réputés ainsi que de différentes formations/expériences personnelles. Elles ne sauraient en aucun cas constituer une information médicale, ni même engager notre responsabilité. Les dosages, que ce soit en gélules, plantes simples, teintures mère, huiles, huiles essentielles… sont donnés à titre indicatif. Elles ne sauraient en aucun cas constituer une information médicale, ni même engager notre responsabilité. Ne cueillez jamais une plante sans être certains que c’est la bonne (les confusions de plantes peuvent être sources d’empoisonnements sévères) et respectez toujours une charte de bonne cueillette!
Si vous réalisez des cueillettes, recettes présentées sur ce blog, Gratteron et Chaussons décline toute responsabilité quant aux éventuelles allergies ou mauvaises manipulations. Veillez à prendre toutes les précautions d’usage. De plus, ce blog ne possède pas de visée thérapeutique; il aide seulement au mieux-être et à l’entretien de sa santé, veuillez consulter votre médecin, votre pharmacien ou autre professionnel de santé si vous avez le moindre doute. Il n’est pas dans l’intention du blog Gratteron et Chaussons de poser des diagnostics, de remplacer une consultation ou un traitement. Il décline toute responsabilité dans les cas d’auto-prescription sans l’autorisation préalable d’un professionnel de santé. Pour toute prescription médicale, avis et dosages, bienfaits et effets secondaires, veuillez consulter votre médecin ou pharmacie.

Bonne grimpe et bonne cueillette !logo gratteron et chaussons

Principales bibliographies: Formation herboristerie ELPM – Le petit larousse des plantes qui guérissent (éd. Larousse) – Le petit larousse des plantes médicinales (éd. Larousse) – Le dictionnaire des plantes médicinales (éd.Alpen) – Plantes médicinales: Phytothérapie clinique intégrative et médecine endobiogénique (éd. Lavoisier) – Secrets des plantes (Michel Pierre) – Le livre des bonnes herbes (Pierre Lieutaghi) – Secrets d’une herboriste (Marie-Antoinette Mulot) – L’herboristerie (Patrice de Bonneval)  – Site Althea Provence – Site Passeport Santé – Site Plants for a future – Site Homeophyto – Site Ramsdale – Site Plantes et Santé

 

À propos des auteurs de G&C

Nous sommes Mélanie et Ivan, 2 passionnés d'escalade et de plantes médicinales, 2 amoureux de montagne et de nature! Depuis 2016, à travers Gratteron et Chaussons, nous vous faisons (re)découvrir les jolies falaises de France (et d'ailleurs!) et le savoir-faire des plantes médicinales pour les grimpeurs (mais pas que!). Ivan est grimpeur-photographe, cordiste et pompier volontaire, vous pouvez retrouver ses prestations ICI. Mélanie est conseillère en plantes médicinales, coach en cosmétiques végétaux DIY et réflexologue, vous pouvez jeter un oeil à ses ateliers et séances ICI. Et si vous souhaitez nous donner un coup de pouce avec notre cagnotte collective participative, c'est PAR LA! Un grand merci! :) A bientôt!


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