Interview Mélanie Dupuis: Grimpeuse-cueilleuse d’aujourd’hui

Les petites graines semées par Mélanie… Il s’en est passé des choses, des évolutions, des transformations et des expériences de vie depuis bientôt 36 ans! Ancrer ses racines, se débrouiller pour pousser vers le soleil, profiter des ondées rafraichissantes et déployer son feuillage. De paysagiste-concepteur à phyto-réflexologue, Mélanie a suivi son fil vert pour tisser des liens avec le Vivant. Aujourd’hui installée en Ariège Pyrénées au pied des montagnes et accompagnée de toujours plus de plantes, retrouvez sa dernière interview dans la nouvelle revue mensuelle Cueillir, se nourrir, se soigner à la rubrique « ils l’ont fait ». Elle se compose chaque mois d’un témoignage d’une femme ou d’un homme qui vit avec la nature, grâce à elle, ou pour elle. Elle montre des parcours singuliers, des gens passionnés, pour donner un peu d’inspiration et offrir de nouvelles perspectives d’évasion avec des photos de nature, des récits de vie… Retranscription green, let’s go…

Toutes les fleurs de demain sont dans les graines d’aujourd’hui…
Et toutes les graines de demain sont dans les fleurs d’aujourd’hui… ♥

GC - Mélanie Dupuis

Vous vous appelez vous même « grimpeuse-cueilleuse » sur votre site, qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui ?

Je suis une grande passionnée de nature et de plantes. Aujourd’hui, je vis littéralement au milieu d’elles puisque j’habite en Ariège, entourée des  montagnes, avec la chance d’avoir un jardin « Fleur de Gaïa ». C’est aussi mon métier : j’ai toujours travaillé avec les plantes d’abord comme paysagiste, puis comme phyto-réflexologue (je suis conseillère en magasin bio et j’ai également mon salon bien-être « Entre Gaïa et l’Essen’ciel » où se mêlent réflexologie, massages et coaching en phyto-cosmétique). C’est une sorte de fil rouge pour moi. D’un autre côté, j’ai découvert l’escalade en 2015, grâce à mon compagnon. La « grimpe » et la « cueillette », c’est la rencontre de nos deux passions, qu’on rassemble sur notre site Gratteron et chaussons : destiné aux amoureux des plantes et/ou d’escalade. (Et maintenant, également du trail 😉 ). Elles se croisent assez souvent. Je cueille en bas des voies, du thym, du romarin (deux de mes plantes fétiches), etc, pour fabriquer mes alcoolatures maison, mes tisanes et mes mélanges de plantes pour mes propres besoins.

D’où vous vient cet amour des plantes ?

Je rêvais de devenir paysagiste depuis mes 14 ans : je voulais créer des espaces verts où les gens se sentiraient bien, des parcs et des jardins qui apporteraient un peu de bien-être aux passants. Aussi loin que je m’en souvienne, je me suis toujours sentie bien au milieu des plantes. Mon grand-père et mon père m’ont mise au jardin très jeune, et j’adorais ça. Alors en grandissant, j’en ai fait mes études et j’ai réalisé mon rêve: je suis devenue paysagiste concepteur. Je le suis restée pendant 6 ans: quelques mois en Normandie puis 5 ans en Région parisienne.

Alors vous avez quitté cette vie-là.

J’avais de moins en moins de contacts avec les clients et avec les plantes ! Je passais plus de temps à dessiner des places de parking millimétrées sur Autocad et des arbres bien trop droits sur Photoshop…. La vie citadine parisienne, vissée toute la journée devant mon ordinateur, c’était aussi trop pour moi. Bien sûr, j’ai travaillé sur des beaux projets dont je suis fière de la réalisation aujourd’hui, mais ils étaient complètement « noyés » parmi tous les à-côtés qui ne me convenaient plus. J’avais besoin d’autre chose et j’ai commencé à rédiger, en 2010, des articles sur mon blog Vert-Citron. J’écrivais notamment sur la cosmétique naturelle. En 2012, j’ai aidé Julien Kaibeck à mettre en place l’association de la Slow Cosmétique puis en 2014, j’ai monté mes ateliers de coaching en phyto-cosmétique pour apprendre aux gens à fabriquer eux-mêmes leurs soins pour le corps, leurs savons, leurs sérums. Tout ce qui peut aider à se sentir bien. En parallèle dès 2013, j’ai commencé à suivre une formation d’herbaliste. La cosmétique naturelle DIY m’a poussée à voir le côté médicinal et actif des plantes et ça me passionne toujours autant !

Espagne, Sadernes © Ivan Olivier Photographie (12)

Comment avez-vous fait, concrètement, pour suivre cette formation ? La transition a-t-elle été facile ?

Je n’ai pas vécu ça comme une « grosse coupure ». Certes, j’ai changé de métier, mais pour moi je restais sur la même voie : aider les gens à mieux vivre grâce aux plantes et une certaine hygiène de vie. Pendant 3 ans, pendant que j’étais encore paysagiste, j’ai suivi la formation d’herbaliste par correspondance de l’École Lyonnaise des plantes médicinales (ELPM). Au début, c’était assez intense : j’étais paysagiste les jours de la semaine, le soir je travaillais sur mes cours d’herboristerie, et le week-end j’organisais des ateliers de phyto-cosmétique et j’écrivais mon livre sur la slow cosmétique. En 2015, j’ai fait un burn out, et je suis tombée malade. Plus d’1 an d’errance médicale. J’ai déménagé en Ariège, j’ai quitté le paysage pour le conseil en magasin bio. En 2016, le verdict tombe : lymphome de Hodgkin… En fait, c’est un peu grâce à lui que je suis devenue réflexologue plantaire. Cette pratique m’a tant aidée que j’ai voulu l’intégrer à ma connaissance des plantes médicinales.

(Re) lire: Lymphome de Hodgkin, l’escalade m’a offert la liberté

Comment vous-a-t-elle aidée tout au long du traitement de votre cancer ?

Quand j’ai eu mon cancer, j’ai été suivie en parallèle du traitement chimiothérapique par une réflexologue à l’oncopole qui a changé beaucoup de choses pour moi. C’était comme une parenthèse de bien-être dans des journées remplies d’effets secondaires et de traitements lourds. J’attendais chaque séance avec impatience, j’avais l’impression de retrouver un petit cocon apaisant. En plus de cela, certaines plantes m’ont suivie jusqu’à la ligne d’arrivée. Certaines m’ont aidée, par exemple, à protéger mon foie : comme les teintures mères de chardon marie ou de desmodium. L’homéopathie a aussi bien fonctionné contre mes nausées, c’est la seule galénique qui a réussi à les réduire, là où même les médicaments traditionnels n’y parvenaient plus. En fait, je vois la médecine allopathique de façon très complémentaire aux autres thérapies alternatives. Oui, je suis herbaliste et oui, je me suis faite soigner aussi par chimiothérapie… !

L’écoute du corps médical pendant ce moment difficile, et la bienveillance de ceux qui se reconnaitront, m’ont tellement aidée que j’intègre systématiquement ces 2 notions à mes rendez-vous en réflexologie. Parfois, ça fait un bien fou de pouvoir vider son sac, de se débarrasser du trop-plein émotionnel qui nous paralyse. Nos clients ne sont pas que des numéros, ils sont humains et comme tous, ils ont leurs propres bagages à transporter, à déposer. C’est encore plus vrai dans cette période qui potentialise des peurs, des angoisses et des souffrances enfouies.

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Votre parcours est loin d’être linéaire !

Oui et non ! On va dire que j’ai évolué avec, toujours, ce fameux fil d’Ariane ! Je le résume avec ma devise : «De la plante médicinale à la plante…des pieds, et jusqu’à l’essen’ciel» .

GC-Mélanie Dupuis Réflexologie plantaire - Ivan Olivier Photographies© Ariège (18)

Vous avez des plantes fétiches ? Que vous utilisez plus que les autres dans votre pratique ?

Difficile question! Pour moi, une des plantes reine, c’est le thym. Je l’utilise en teinture mère, en huile essentielle mais surtout en infusion, j’aime beaucoup cette forme galénique parce que tout le monde peut la prendre de façon extrêmement simple. Un peu d’eau, une plante séchée de bonne qualité et le tour est joué ! Dans la littérature traditionnelle mais aussi avec les dernières études plus « scientifiques », le thym est un excellent fortifiant général, il agit aussi bien sur les voies ORL que sur la sphère digestive. En plus c’est une plante très facile à sécher ou à transformer en alcoolature.

(Re)lire: Fiche cueillette: Thym commun, Thymus vulgaris

Votre « plante-emblème » sur votre site, c’est pourtant une autre espèce sauvage, plutôt commune : le gaillet gratteron…

Le gaillet gratteron, c’est une plante grimpante ; tout le monde la connaît au moins de vue : elle s’accroche à n’importe quoi, aux vêtements, aux chaussettes, aux branchages… Elle grandit dans beaucoup de milieux, et s’avère très « coriace » ! Je me suis dit qu’elle représenterait parfaitement cette façon de vivre, de grimper, et de s’accrocher ! Une plante qui n’est pas à la mode mais qui est pourtant présente auprès des hommes depuis toujours. Je l’ai aussi choisie pour le jeu de mot avec le « gratton » qui est une toute petite prise en escalade, qui laisse à peine assez de place au pied ou à la main pour s’agripper).

(Re)lire: Fiche cueillette: Gaillet gratteron, Galium aparine

Pensez-vous avoir trouvé un équilibre dans cette forme de vie-là ?

Pour répondre très honnêtement, je pense avoir atteint un équilibre que je n’avais pas avant. Notamment grâce à la montagne où je vis, à ces métiers qui me plaisent et à mes expériences personnelles, plus ou moins « drôles », qui m’ont forgée et menée là où je suis maintenant. C’est sûr que mon revenu est moins important que lorsque j’étais paysagiste en région parisienne (sans tabou, je gagnais près de 2000 euros par mois à l’époque). Je vis avec moins, mais je suis plus heureuse : j’ai l’intime sensation d’être dans mon élément. Et puis, je crois que je n’ai pas fini d’apprendre et de progresser ! Je continue toujours de me former en gemmothérapie, en huiles essentielles, en massage et réflexologie… Je continue aussi de travailler sur moi, pour pouvoir continuer à apporter toujours plus de mieux-être aux personnes qui viennent me voir.

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Nota: je dédie cette interview à mon père, ma mère et mon frère partis chacun de façon brusque en 2019 et 2020. A toutes ces belles rencontres qui façonnent mon chemin. A mes 3 compagnons de vie à 2 pattes et 4 pattes. ♥ A toutes les jolies plantes qui me le rendent bien. A l’ici et maintenant. A la nature qui m’entoure. Les pieds sur terre, le cœur en gratitude et la tête reliée à l’essen’ciel.

Propos recueillis par Mathilde Combes,
Pour la revue « Cueillir, Se nourrir, Se soigner » aux éditions Totale Santé

Mélanie & Ivan, les auteurs de Gratteron et Chaussons

Depuis 2016: 100% indépendant, 100% nature et 100% passion | Outdoor climbing • Trail • Medicinal Plants • Lifestyle • Lovelife • Travel in van & Nature lovers • Des partages de grimpeurs-cueilleurs! Des hommes, 1 planète et tous ceux qui l'habitent. De la montagne, de l'outdoor, du bien-être au naturel, un peu d'humour et beaucoup de life! Nos prestations professionnelles en Ariège Pyrénées: * Avec Mélanie Dupuis, PhytoRéflexologue: Réflexologie plantaire, Massages bien-être et Ateliers-Coaching - * Avec Ivan Olivier, Photographe: Reportages photographiques (outdoor, storytelling, artisanat)


2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Menta dit :

    Bonjour !

    Des nouvelles de Mérens…
    Le gîte dont on parlait et qui peut recevoir une 15zaine de personnes est « Le Soula ».
    C’est un gîte privé . Magali au 07 84 77 00 61 s’en occupe.

    Bonne journée!
    Sylvie

    1. Mélanie Dupuis dit :

      Merci beaucoup Sylvie pour ce retour! Je vais en parler à mes collègues thérapeutes et contacter prochainement Magali pour en savoir un peu plus!
      Merens serait un chouette endroit pour une journée complète bien-être multi activités! belle semaine, et à bientot! Essen’ciellement, Mélanie

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